Plaidoiries ce jour devant la Cour dâappel de Dijon pour exprimer fermement notre profond dĂ©saccord avec la position de la Cour de cassation du 5 juin 2025 (n°23-11391 entres autres).
Dans cette décision, la Haute juridiction a, en toute connaissance de cause :
âïž 1ïžâŁ Créé une hiĂ©rarchisation artificielle des dĂ©lais
Selon elle, seul le dĂ©lai de 10 jours compterait, puisque le non-respect du dĂ©lai de 30 jours nâentraĂźnerait pas dâinopposabilitĂ©.
Or, aucun fondement juridique ne justifie ce raisonnement. En pratique, le dĂ©lai de 30 jours revĂȘt une importance bien supĂ©rieure : il correspond Ă la phase dâenrichissement du dossier â souvent complexe â bien plus essentielle que la simple phase dâobservations.
đ Cette hiĂ©rarchisation des dĂ©lais est donc incomprĂ©hensible tant sur le plan juridique que pratique.
âïž 2ïžâŁ AdoptĂ© une vĂ©ritable aberration juridique
Pour arriver à ses fins, la Cour ose faire courir un délai sans notification préalable à la partie contre laquelle il court !
LâAvocat gĂ©nĂ©ral avait pourtant rappelĂ© que le dĂ©lai ne peut commencer Ă courir quâĂ compter de la notification aux parties.
Mais rien nây a fait : la Cour a dĂ©cidĂ© de faire courir le dĂ©lai de 30 jours Ă la date de saisine du CRRMP⊠une construction totalement dĂ©pourvue de sens et de logique procĂ©durale.
âïž 3ïžâŁ JustifiĂ© cette position par un artifice conceptuel
Pour tenter de justifier lâinjustifiable, la Cour a invoquĂ© « lâĂ©conomie gĂ©nĂ©rale de la procĂ©dure dâinstruction ».
Or cette notion, issue du droit administratif, devrait au contraire conduire à renforcer la rigueur et la transparence de la procédure !
Les dĂ©lais issus de la rĂ©forme de 2019 sont impĂ©ratifs, et leur non-respect doit logiquement entraĂźner lâinopposabilitĂ©, puisque dans lâesprit du lĂ©gislateur lâobjectif Ă©tait clair : renforcer le contradictoire et la transparence dans la reconnaissance des AT/MP.
âïž 4ïžâŁ Une dĂ©cision aux consĂ©quences lourdes
En agissant ainsi, la Cour de cassation anĂ©antit lâesprit de la rĂ©forme de 2019 et soulĂšve des questions fondamentales :
- Sur le pouvoir de la Cour de cassation, qui statue contra legem ;
- Sur la position de la CPAM et de la CNAM, qui prĂ©tendaient vouloir amĂ©liorer la procĂ©dure dâinstruction tout en lĂ©sant, in fine dans la pratique, les droits des entreprises.
đŹ Et au bout du compte ?
La solution retenue a conduit de toute façon Ă devoir constater une inopposabilitĂ© sur le dĂ©lai de 10 jours, la date dâenvoi du dossier au CRRMP permettant de caractĂ©riser une violation dudit dĂ©lai.
Câest ce quâon appelle : reculer pour mieux sauter !
đïž DĂ©libĂ©rĂ© fixĂ© au mois de dĂ©cembre.
Nous avons confiance dans lâindĂ©pendance de nos magistrats et dans leur attachement au respect du droit, non Ă son dĂ©tournement.
Ă suivreâŠ
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